Protéger le lien
- Écoute active : valider la souffrance et offrir une action simple pour restaurer la confiance et protéger la dignité.
- Alternatives verbales : remplacer jugements et minimisations par phrases courtes qui rassurent et proposent un choix concret, et guider vers soins adaptés.
- Signes dangereux : reconnaître idées suicidaires, violence ou délire et contacter rapidement les secours ou un professionnel si besoin.
Une remarque maladroite peut blesser et éloigner, alors qu’une phrase bien choisie peut rassurer et maintenir le lien. Ce guide pratique propose des phrases à éviter, leurs alternatives, des scripts courts à utiliser selon la situation (manie, dépression, crise) et des repères concrets de danger. L’objectif : garder la sécurité et la dignité du proche au centre des échanges, tout en protégeant votre propre équilibre.
Dix phrases à éviter et pourquoi
Les mots qui jugent, minimisent ou pathologisent aggravent souvent la souffrance et ferment la porte au dialogue. Voici dix formulations fréquentes à éviter, l’impact probable et une alternative plus aidante à proposer immédiatement.
| Phrase à éviter | Impact | Alternative recommandée |
|---|---|---|
| Tu exagères comme d’habitude | Minimise l’expérience, provoque colère et retrait | Je te crois, dis‑moi ce que tu ressens |
| Calme‑toi | Souvent inefficace et culpabilisant | Respirons ensemble un instant |
| C’est juste dans ta tête | Dénigre la réalité des symptômes | Je vois que ça te fait souffrir |
| Tu veux attirer l’attention | Crée honte et isolement | Je suis là pour toi, pas contre toi |
| Arrête d’être dramatique | Augmente la honte, réduit la confiance | Que puis‑je faire pour t’aider maintenant ? |
| Tu vas te calmer tout seul | Ignore le besoin d’aide extérieure | Restons ensemble jusqu’à ce que ça se calme |
| Tu gâches tout | Accroît la culpabilité | Je veux qu’on traverse ça ensemble |
| Tu es dangereux | Stigmatise et peut provoquer la fuite | Parlons de ce qui te fait peur |
| Tu ne peux rien faire | Retire l’autonomie et la motivation | Quelles petites étapes veux‑tu essayer ? |
| Ce n’est pas si grave | Banalise la souffrance | Je comprends que c’est lourd pour toi |
Pourquoi ces alternatives fonctionnent
Les formulations proposées privilégient l’écoute, la validation et des actions concrètes. Valider un ressenti (« Je te crois », « Je vois que ça te fait souffrir ») réduit la honte et facilite la coopération. Offrir un choix limité (« Voulez‑tu que je t’accompagne ? ») redonne de l’autonomie sans submerger. Proposer une action simple et immédiate (respirer, boire de l’eau, rester ensemble) permet de désamorcer l’urgence émotionnelle.
Scripts courts selon la situation
Des phrases simples, répétées calmement, fonctionnent mieux que de longs discours. Voici des scripts adaptables, à dire avec une voix posée et un langage corporel apaisant.
En phase de manie (agitation, impulsivité)
- Je suis avec toi. On s’assoit un moment et on respire ensemble ?
- Tu veux qu’on appelle ton psychiatre ou la personne de confiance que tu as choisie ?
- Je préfère qu’on prenne le temps avant de décider. On peut attendre vingt minutes et revoir ensemble.
- Si tu veux, on met les téléphones en silencieux et on essaye une promenade tranquille cinq minutes.
En phase dépressive (retrait, désespoir)
- Je tiens à toi. Je peux rester ici, même sans parler.
- Veux‑tu que je t’accompagne pour boire un café ou prendre l’air quelques minutes ?
- Si tu as des pensées de mort, dis‑le moi : je suis là et on appellera de l’aide ensemble.
- Peut‑on essayer quelque chose de petit maintenant : boire de l’eau, ranger une chose, envoyer un message à une personne de confiance ?
En cas de crise aiguë
- Si tu es en danger, je vais appeler les secours ; je le fais parce que je tiens à toi.
- Dis‑moi ce dont tu as besoin maintenant : présence, silence, ou que j’appelle quelqu’un ?
- On peut appeler ensemble la ligne d’écoute ou le psychiatre ; tu veux que je le fasse ?
Signes de danger à surveiller
Certains signes imposent une réaction rapide et peuvent nécessiter une intervention médicale ou urgente :
- Idées suicidaires claires, plan concret ou préparation (achat de moyens, message d’adieu).
- Comportement violent, menace envers autrui ou manque de contrôle agressif.
- Désorientation sévère, délire ou hallucinations persistantes empêchant le jugement.
- Privation de sommeil prolongée (plusieurs jours) associée à agitation extrême ou impulsivité dangereuse.
- Arrêt brutal et non supervisé d’un traitement prescrit entraînant décompensation rapide.
En présence d’un danger immédiat, contactez les services d’urgence. Si le risque est élevé mais non immédiat, informez rapidement le psychiatre, le médecin traitant ou la structure de soins qui suit la personne.
Que faire en pratique
- Gardez une voix douce, limitez les stimuli (lumière, bruits, foule) et proposez une présence stable sans jugement.
- Offrez des options concrètes et limitées : boire de l’eau, respirer cinq minutes, marcher dix minutes. Les choix restreints aident à reprendre le contrôle.
- Évitez les confrontations sur des croyances délirantes : privilégiez la sécurité et la relation plutôt que la contestation. Par exemple : « Je ne vois pas les mêmes choses que toi, mais je veux être sûr que tu es en sécurité. »
- Suggérez de contacter un professionnel connu du patient plutôt que de chercher de nouveaux intervenants en urgence.
- Conservez une fiche pratique à portée de main : traitements, posologie, contacts d’urgence, signes habituels et interventions qui fonctionnent.
Ressources et soutien pour l’aidant
Se former et s’appuyer sur des ressources permet de mieux accompagner sans s’épuiser. Cherchez : un psychiatre ou une unité de psychiatrie, un centre de santé mentale local, des associations d’aidants et des groupes de parole. Renseignez‑vous sur les lignes d’écoute 24/7 dans votre pays et conservez les numéros à portée de main.
Élaborez un plan de crise avec la personne lorsqu’elle est stable : qui appeler, quel médicament ajuster (si prescrit), quel lieu éviter, préférences en cas d’hospitalisation. Ce plan réduit l’incertitude et accélère l’intervention quand c’est nécessaire.
Prendre soin de soi
Accompagner une personne bipolaire demande de la résilience. Préservez votre sommeil, vos pauses et vos ressources sociales. Rejoignez un groupe d’aidants, parlez à un professionnel ou bénéficiez d’un soutien psychologique si besoin. Acceptez que certaines situations nécessitent un professionnel et que demander de l’aide est un signe de responsabilité, pas d’échec.
Les mots comptent : privilégiez l’écoute, la reconnaissance de la souffrance et les propositions concrètes. Évitez les jugements et la banalisation. En cas de doute sur la sécurité, faites appel aux services d’urgence ou à un professionnel de santé. Maintenir le lien et la sécurité est la priorité, tout en vous protégeant et en cherchant du soutien pour vous‑même.





